La crise de l’eau sous tous ses rapports : Les leçons tirées (ou non) de la sécheresse de 2022

2026 | NOTICE, ARTICLE

Alors que la sécheresse 2026 est encore dans tous les esprits et que nombre d’acteurs cherchent des façons de ne plus subir la raréfaction de l’eau, l’UMR G-Eau propose une analyse critique des enseignements que les pouvoirs publics ont tirés de l’épisode sec exceptionnel de 2022 à travers l’étude de plusieurs rapports nationaux. L’étude met également en regard les réponses d’alors avec celles de 2026.

Résumé

Quatre ans après la sécheresse exceptionnelle de 2022, le laboratoire G-EAU propose une étude de huit rapports nationaux publiés entre 2022 et 2024 par l’Assemblée nationale, le Sénat, la Cour des comptes, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) et les inspections générales sur le traitement des sécheresses et des pénuries d’eau.

Les auteurs examinent comment ces rapports ont posé le problème de la raréfaction de l’eau ainsi que les réponses préconisées, autour de quatre grands enjeux : la connaissance de la ressource et des usages, l’équilibre entre offre et demande, la gouvernance de l’eau et son financement.

Les trois enseignements à retenir
  • Les diagnostics posés sont tous alarmants, mais les réponses souvent peu ambitieuses. Si les rapports reconnaissent la nécessité de réduire les consommations d’eau, ils privilégient généralement une logique d’ajustement plutôt qu’une transformation structurelle des usages. La sobriété, définie comme la réduction des consommations, est entendue mais aucune stratégie claire n’est préconisée pour y parvenir.
  • Une recherche du « en même temps » (maîtriser la demande tout en augmentant l’offre) freine la possibilité de faire des choix politiques. Les solutions sont souvent présentées comme complémentaires et placées sur un pied d’égalité, sans véritable hiérarchisation. Une fois les besoins vitaux satisfaits, la question des usages à limiter et celle des arbitrages à opérer entre activités humaines et besoins des écosystèmes ne sont généralement pas abordées.
  • Des angles morts subsistent par ailleurs dans les politiques de l’eau. Les auteurs soulignent notamment la faible prise en compte des besoins des écosystèmes et des enjeux de justice sociale et environnementale dans les rapports étudiés (qui restent anthropocentrés et tournés vers la question de la rentabilité des secteurs). Ils pointent également les limites de la gouvernance à la française et les difficultés à financer durablement les politiques de l’eau.

L’étude souligne enfin le changement de contexte politique qui s’est opéré entre la sécheresse 2022 et celle de 2026 : la sobriété, présentée en 2022 comme un impératif, a perdu du terrain au profit d’une vision davantage centrée sur le stockage et la sécurisation de l’eau pour l’agriculture intensive ; une stratégie perçue par les auteurs comme « sectorielle, productiviste et anthropocentrée ».

    1. Introduction
    2. De quoi la sécheresse est-elle le nom ? Le cadrage général des rapports
    3. Quelles connaissances pour l’action ?
    • 3.1 Mieux connaître la situation actuelle
    • 3.2 Renforcer la prévision
    • 3.3 L’enjeu crucial de la gouvernance des données
    1. Quel équilibre entre l’offre et la demande en eau ?
    • 4.1 L’appel (variable) à la sobriété
    • 4.2 La tonalité dominante du « en même temps »
    • 4.3 La ligne plus critique du CESE et de la Cour des comptes
    • 4.4 Une réticence générale à hiérarchiser les usages
    1. Ajuster les institutions
    • 5.1 La coordination des acteurs
    • 5.2 La participation
    • 5.3 Homogénéiser ou adapter ?
    • 5.4 Eau et urbanisme
    1. Le financement
    • 6.1 Illisibilité et sous-financement : deux constats unanimes
    • 6.2 Rehausser le budget des agences de l’eau
    • 6.3 La question de l’équité
    1. Discussion
    • 7.1 Une logique d’ajustement
    • 7.2 Une réticence générale à prioriser
    • 7.3 Les points aveugles de la gouvernance
    • 7.4 Une quadrature du cercle financier ?
    • 7.5 Deux angles morts
    • 7.6 Lire les leçons de 2022 en 2026

Le petit plus

Ce rapport permet une prise de recul salutaire sur les politiques d’adaptation au changement climatique en matière d’eau. Il invite notamment à questionner les conditions d’une véritable sobriété hydrique, à penser la hiérarchisation des usages dans une optique de justice sociale, ainsi que la place accordée aux besoins des milieux dans les décisions publiques. Une lecture utile pour entrevoir pourquoi les politiques de l’eau peinent à changer de cap.

Date

2026

Auteur

Pierre-Louis Mayaux, Sylvain Barone, Laurent Béduneau-Wang, Magalie Bourblanc, Marine Coulon, Laetitia Guérin-Schneider, Joana Guerrin, François Molle, Sophie Richard

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