Effets sécheresse

Solutions d’adaptation pour le retour à l’équilibre quantitatif dans le grand Sud-Ouest

2022 | Dossier

Préambule

En coordination avec les membres de l’Entente pour l’Eau du grand Sud-Ouest, le Comité de Bassin Adour Garonne a adopté son « plan de retour à l’équilibre pour la gestion quantitative de la ressource en eau » le 15 septembre 2021. Ce plan répond en première approche à l’enjeu d’une pénurie d’eau estimée entre 1 000 et 1 200 Mm3 en 2050.

La déclinaison opérationnelle de ce plan constitue la contribution du Bassin Adour Garonne au Varenne de l’eau. Elle évalue le potentiel de réduction du déficit à 850 Mm3 à condition d’activer l’ensemble des leviers représentés par les 12 projets du bassin Adour Garonne pour le Varenne.

  • En accord avec les membres de l’Entente, le président du Comité de Bassin a demandé aux EPTB de produire une feuille de route opérationnelle à 5 ans, dans la continuité du travail de prospective à l’horizon 2050 qu’ils ont conduit ou engagé sur leurs bassins. Ces feuilles de route identifient des actions phares à déployer dans les 5 axes du plan de retour à l’équilibre :
    • Mise en place des Projets de Territoires pour la Gestion de l’Eau,
    • Programmes d’économies d’eau et d’efficience des usages,
    • Sécurisation des prélèvements agricoles et gestion collective de l’irrigation,
    • Réduction des périodes de crise « sécheresse »,
    • Sécurisation des étiages et des besoins milieux/usages.

La première phase de l’élaboration des feuilles de route par les EPTB a montré la difficulté d’évaluer un potentiel d’économies d’eau sur un bassin versant, par manque de références. En effet, si de nombreuses actions favorisant la gestion équilibrée de la ressource en eau sont aujourd’hui bien identifiées, décrites et documentées, il apparaît que très peu d’entre elles ont déployé l’instrumentation nécessaire pour mesurer avec rigueur les économies concrètement réalisées. Elles apparaissent ainsi comme des « actions sans regret, mais sans mesure ». Les solutions d’adaptation fondées sur la nature, objet d’un certain engouement institutionnel, sont touchées par ce syndrome : les retours d’expérience de SaFN permettant de quantifier l’économie d’eau induite ou l’efficience gagnée sont très peu nombreux en dépit de la diversité de leurs inventaires (Life ARTISAN, Banque des territoires, UICN, ADEME, CEPRI, Nature4Cities, FNCCR, ONERC, …).

  • La pénurie d’eau est essentiellement estivale et se traduit par des situations de crise pour certains cours d’eau et nappes et par des arrêtés d’interdiction de prélever et utiliser la ressource dans ces unités de gestion. Pour y faire face, il convient d’examiner sur quelles parties du grand cycle de l’eau on peut agir pour réduire cette tension sur la ressource.
    • Les économies d’eau proprement dites (permises par des matériels plus efficients ou des pratiques et process plus sobres) conduisent à un moindre prélèvement d’eau dans les milieux.
    • La diversification du mix hydrique consiste à transférer la tension vers des ressources alternatives qui n’en connaissent pas. Cependant, il faut garder à l’esprit que ces ressources (eau de pluie, Réut) contribuent au cycle de l’eau. Leur utilisation modifie ce dernier, ce qui ne doit pas annuler leur bénéfice.
    • Plusieurs types d’action conduisent à ralentir les eaux de pluies et les retenir dans le bassin versant en réduisant la part ruisselée et évacuée par les cours d’eau ou bien en retardant ce drainage : la restauration des milieux humides, l’agriculture de conservation des sols, la recharge maîtrisée des nappes et les zones d’expansion des crues agissent de cette manière. Leur vocation première est parfois la lutte contre les inondations.
    • D’autres mesures agissent sur la part évapotranspirée par la végétation ou par l’eau libre.

Enfin certaines actions peuvent aller à l’encontre de l’objectif d’économie d’eau. La Réutilisation des Eaux Usées Traitées (Réut) en viticulture ne se développe pas toujours en substitution d’une ressource classique et correspond parfois à un usage nouveau sur un secteur qui n’était pas irrigué. La politique de l’arbre en ville fait apparaître de nouveaux besoins d’arrosage de cette végétation désormais recherchée pour son effet rafraichissant des quartiers trop minéraux : elle doit donc s’accompagner systématiquement d’une proposition corollaire de diversification du mix hydrique (Réut, eau de pluie, …). La sociologie montre également que des économies acquises à un instant peuvent décliner dans le temps, du fait d’une baisse d’engagement de l’usager, voire d’un effet rebond.

Le présent document recense des retours d’expériences pouvant contribuer au retour à l’équilibre quantitatif sur un bassin versant. Plus spécifiquement l’ambition de ce travail est de présenter les quelques résultats quantifiés extraits de la littérature scientifique ou professionnelle et des inventaires évoqués plus haut, pour une application éventuelle dans les feuilles de route des EPTB. Les Solutions d’Adaptation Fondées sur la Nature (SaFN) y ont une place de choix, mais ne sont pas seules. En effet, conformément à la mission de la Plateforme des bonnes pratiques pour l‘eau, les références présentées peuvent dépasser le simple cadre des 12 opérations du Varennes agricole de l’eau, dans la mesure où les retours d’expérience correspondant sont susceptibles de contribuer au retour à l’équilibre.

Ce travail est relativement pionnier car les connaissances détaillées sur les effets des SafN d’un point de vue quantitatif sont encore insuffisantes, ce que le GIEC traduit par la formule : « limited evidence, high agreement ». La « preuve par le consensus » n’étant pas suffisante, de nombreux maîtres d’ouvrage, en particulier de SafN, s’attachent désormais à instrumenter les actions déployées afin de disposer d’un comparatif avant/après et quantifier l’efficacité hydrique des opérations menées. C’est par exemple ce qui a été demandé par l’Entente pour l’eau dans le cadre de l’appel à projet sur les zones humides ou ce qui est attendu dans les territoires de la mise en œuvre du programme LIFE Artisan. Cette dynamique assez récente (même si l’on doit cependant citer le travail documentaire systématique mené depuis 2015 dans le cadre du SAGE Nappe Profonde) permettra de disposer de références plus nombreuses d’ici quelques années.

Ce référentiel sera donc complété par ces futurs retours d’expérience et les productions scientifiques à venir.

Les lecteurs trouveront dans ce rapport des présentations volontairement synthétiques et les résultats obtenus pour chaque action. Les liens vers les documents sources plus détaillés sont fournis pour le lecteur désireux d’approfondir sa compréhension des exemples proposés.

Les exemples fournis sont catégorisés selon les 12 projets présentés par l’Entente pour l’eau au Varenne agricole de l’eau.

Liste des retours d’expérience

    • Potentialités de mobilisation des retenues existantes (AEAG, EPTB) – 30 à 40 Mm3 dont 6 à court terme
    • Gestion opérationnelle du soutien d’étiage (Collectivités, EPTB, CACG) – Aide à la décision
    • Gestion prévisionnelle des assolements et anticipation des sécheresses (AEAG, CESBIO) – Aide à la décision
    • Économies d’eau (Porteurs de PTGE, collectivités, industriels, agriculteurs) – 200 Mm3
    • Dynamiser la mise en place de démarches PTGE pour l’atteinte de l’équilibre et favoriser le déploiement d’actions structurantes (Collectivités, EPTB) – Création aménagement d’ouvrages 110 à 150 Mm3 dont 9 Mm3 à court terme
    • Mobilisation des potentialités de l’agroécologie (GIP Agroécologie, chambres et coopératives agricoles, EPTB) – 140 Mm3
    • Optimisation de la gestion des canaux (SMEA31, VNF) – 15 Mm3
    • Réutilisation des eaux non conventionnelles usées et pluviales, dont substitution abreuvement des élevages (AAP AEAG-Régions, CA, collectivités, industriels) – 60 Mm3
    • Mobilisation de gravières (Collectivités, EPTB) – 1 à 5 Mm3
    • Recharge active de nappes (Collectivités, EPTB) – 15 Mm3
    • Restauration des ZH (AAP AEAG-Régions) – 80 Mm3 dont 30 Mm3 en cours
    • Investissements dans les retenues hydroélectriques (EDF, AEAG, État) – 160 Mm3 dont 20 Mm3 à court terme

Mémo : Quelques ordres de grandeur de volumes

Une douche = 20 à 50 litres

Débit d’une douche = 15l/minute (douche classique) ou 7l/minute (douchette hydro-économe)

Une piscine (4 m X 8m, hauteur 2 m) = 64 m3. Évaporation naturelle d’une piscine à Toulouse du 1/06 au 31/08 => 45cm de hauteur d’eau, soit 14,4 m3.

Consommation individuelle moyenne = 146 litres / jour /personne en France, soit 54m3/personne/ an.

Débit d’étiage de la Garonne à Toulouse = 36 m3/s. En 2050 (prospective Garonne 2050) = 50 à 70% de cette valeur.

Débit de la crue de janvier 2022 de la Garonne à Lamagistère = 4300 m3/s.

Besoins agricoles dans le bassin Adour Garonne pendant la période d’étiage = 800 Mm3.

Besoin en eau d’eau du maïs = 1500 à 3000 m3/ha/an, soit 15 à 30 cm d’eau.

Précipitations anuelles sur le bassin Adour Garonne = de 600 mm (Lauragais) à 1800 mm (reliefs).

De nombreux inventaires diffusent des exemples de bonnes pratiques conduisant à des économies d’eau, en particulier les solutions d’adaptation fondées sur la nature, mais peu nombreux sont les retours d’expérience ayant précisément mesuré les économies concrètement réalisées, l’efficience hydrique des opérations réalisées, ou les capacités et durées de stockages des volumes d’eau concernés.

En soutien des EPTB qui élaborent leurs feuilles de route pour le déploiement du plan de retour à l’équilibre du bassin Adour Garonne, la Plateforme des bonnes pratiques pour l’eau du grand Sud-Ouest cherche, inventorie et exploite les retours d’expérience ayant mené l’exercice. Le présent référentiel vise à fournir aux EPTB des données leur permettant d’estimer la contribution « potentielle » de leurs bassins au plan de retour à l’équilibre du grand Sud-Ouest.

Dernière modification le 08/02/2024

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