Solutions et résultats
Le syndicat a mis en place un protocole d’anticipation des arrêts d’alimentation. Ce projet, élaboré en lien avec la préfecture et le plan ORSEC d’Ille-et-Vilaine, vise à retarder la date de rupture grâce à un mode de « service dégradé » sur la majorité du réseau. Le dispositif vise également à réduire le temps et les volumes nécessaires pour remettre le réseau en service après un épisode critique.
Au-delà de l’objectif technique, le projet comporte une dimension éducative concrétisée par des exercices menés dans chaque quartier : préparer les habitants à vivre en mode dégradé, favoriser la prise de conscience de la rareté de la ressource et développer une culture de sobriété durable.
Plan ORSEC « eau potable »
Le dispositif d’Organisation de Réponse de la SÉcurité Civile, décliné dans chaque département, peut comporter un volet eau potable (lien vers l’instruction interministérielle), dont l’objectif principal est la réponse à une crise de l’eau potable dans un périmètre donné : perturbations importantes, ruptures durables du réseau, ou pénurie durable de la ressource.
Cette pénurie étant prévisible à échéance des effets du changement climatique, il est souhaitable d’anticiper ces situations pour organiser la continuité de service en période de sécheresse prolongée.
Tel est l’objet de la démarche du syndicat des Eaux de Beaufort.
Les objectifs spécifiques sont :
- de gagner un jour sur la sécheresse tous les deux jours de réduction de débit/pression,
- de maintenir un filet d’eau minimal dans le réseau,
- d’éviter une panique éventuelle des usagers.
Un mode dégradé plutôt qu’une rupture totale d’alimentation
Le projet mis en place par le syndicat des Eaux de Beaufort ambitionne de maintenir le réseau opérationnel à faible pression et à faible débit. Pourquoi ? D’une part pour que les habitants restent desservis, et que les usages indispensables demeurent possibles. Mais aussi parce que les coupures d’eau totales dans les réseaux publics entraînent des risques sanitaires et de sécurité.
=> La perte complète de pression favorise l’entrée d’air – et potentiellement de contaminants – dans les canalisations. Avant la reprise du service, de grands volumes d’eau doivent alors être mobilisés pour purger le réseau et éliminer l’eau stagnante.
=> La dépressurisation et la présence d’air posent également problème pour les poteaux incendie, qui doivent rester pleinement opérationnels pour la sécurité civile. Une purge individuelle des poteaux est nécessaire pour évacuer l’air, éventuellement suivie d’un contrôle de pression.
Une démarche en 5 stades
Dans un premier temps, le syndicat a procédé à la sectorisation locale des quartiers, avec des by-pass équipés de réducteurs de pression réglables et de vannes de régulation (cf. le schéma de l’exemple de la Ville-ès-Nonais).
Tous ces dispositifs seront réglés durant la période 2023-2027, au fil des exercices menés dans les quartiers.
Après cette phase d’investissement, le syndicat assure une maintenance préventive de tous les dispositifs installés (vannes et régulateurs de pression) sur les 1 270km du réseau.
En situation de crise, le protocole adopté se met en place de façon progressive suivant quatre étapes de gravité croissante définie par la disponibilité conjoncturelle (pluies, production ponctuelle d’eau à partir d’un plan d’eau de secours) et prévisionnelle de la ressource en eau.
- Dès le stade de l’alerte renforcée, le syndicat communique par texto et courriel vers les habitants. Des inserts sont aussi prévus dans le journal quotidien régional et des messages d’alerte sont affichés sur les panneaux lumineux : « Alerte renforcée – baisser d’au moins 30 % votre consommation d’eau ».
- Au cours de la seconde phase, dite « de crise », en coordination avec les communes et services de l’État, le syndicat Eaux de Beaufort organise la mise en place du mode dégradé, uniquement dans les quartiers résidentiels. La pression est alors comprise entre 0.3 et 1 bar au rez-de-chaussée des habitations. Les logements situés en hauteur n’ont plus d’eau et leurs habitants peuvent aller remplir leurs récipients auprès de la mairie.
- En phase pré-orsec humide, les restrictions s’étendent aux secteurs comprenant certaines activités économiques listées par la Préfecture (commerçants de bourgs, agriculteurs…). Du personnel de renfort est déployé au sein des mairies pour accueillir les besoins de remplissage de jerricans supplémentaires.
- En phase pré-orsec sec, l’ensemble des secteurs passe en mode dégradé, sauf les exceptions listées par la Préfecture (EHPAD, Hôpitaux).
- La dernière phase, Orsec général, est celle que le syndicat cherche à éviter : le réseau est fermé comme dans toutes les autres collectivités. Il y a une forte probabilité d’intrusion d’air dans le réseau.
La chloration de l’eau est adaptée pour chaque phase, ainsi que pour la reprise de fonctionnement en mode normal.
Des exercices de mise en situation
Hors situation de crise, la population est accompagnée et préparée à ce plan, quartier par quartier. Il est crucial de rassurer les habitants et de les impliquer dans la démarche afin qu’ils deviennent acteurs de la gestion de l’eau. Des exercices de mise en situation sont donc organisés. Ils doivent permettre aux usagers :
- de comprendre le fonctionnement du réseau en période de crise,
- de cerner l’effort de sobriété qui est attendu de leur part,
- de les rendre acteurs face à la crise qui approche, de constater que cela contribue à la pérennité du service.
L’exercice mené dans chaque quartier suit un protocole dimensionné de façon à ce que sa mise en place future sur l’ensemble du territoire en cas de sécheresse permette de retarder la survenue d’une rupture complète d’approvisionnement : cette rupture serait retardée d’une journée pour deux jours d’effectivité du protocole sur l’ensemble du syndicat (cf. schéma théorique ci-dessous).

Chaque quartier du territoire est concerné par un exercice qui se déroule sur cinq jours :
- Le lundi matin est consacré au basculement sur le by-pass qui permet, par un réglage adapté, de réduire et contrôler le débit et la pression de service.
- Du mardi au jeudi, les équipes vérifient et ajustent les équipements pour garantir un filet d’eau continu à faible pression. Pour ce faire, un enregistreur de pression est installé le temps des réglages dans le logement le plus haut de chaque secteur (en exercice, aucun logement n’est complètement privé d’eau, ce qui ne serait pas forcément possible en situation de crise réelle). Les consommations des foyers sont portées entre 2 et 4,5 litres/heure moyenné sur 24h par logement. Les activités économiques font l’objet d’un traitement au cas par cas. Les établissements sensibles comme les EHPADs sont exclus de l’exercice.
- Le vendredi des matériels hydro-économe sont distribués chez les abonnés du quartier : limiteurs de débit pour douche (4 litres/minute) et sabliers (4 minutes) pour tendre vers des douches de 16 litres au maximum.
Deux courriers d’information sont distribués dans les boîtes aux lettres avant l’opération, accompagné de temps d’échanges dans la rue. Des échanges directs sont organisés, avec en particulier un porte-à-porte pour recueillir les ressentis des habitants pendant la durée de l’exercice et le temps des réglages.
Le dispositif prévoit de déployer 35 exercices par an sur 5 ans, à raison d’un quartier par an pour chaque commune, permettant ainsi de sensibiliser progressivement l’ensemble des résidents permanents du territoire. Les exercices ayant lieu hors vacances scolaires, les résidents secondaires et les touristes sont moins bien sensibilisés.
Les trois premiers essais expérimentaux, réalisés sur 400 logements, ont montré une réduction de 30 % de la consommation pendant 4 jours, sans rupture complète de service. Le syndicat constate que certains participants concernés anticipent la crise : adoption de pratiques d’économie d’eau, équipement en bassines ou jerricans pour certains usages domestiques. Les enseignements de ces tests ont conduit à ajuster les réglages, notamment à réaliser un calage progressif des by-pass (pression et débit) les 3 premiers jours, et à affiner la sectorisation selon le type de logement et la topographie, afin de garantir une distribution équitable de l’eau dans chaque quartier indépendamment de la hauteur de desserte.
Les premiers exercices ont suscité un certain nombre de réactions, en particulier des appels téléphoniques. Ces derniers consistent généralement à obtenir des informations de compréhension ou des idées pour satisfaire un usage donné (jardin, etc.). Au terme d’un an de déploiement, par tranche de 200 à 250 abonnés par semaines hors vacances scolaires, la démarche est connue de la population grâce à l’effort de communication, et l’exercice ne suscite presque plus de réactions.